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L'épave de l'Alabama
Quelque chose de Tennessee...

Un épisode curieux de la guerre de Sécession s'est déroulé, en 1864, au large de Cherbourg. Un duel opposa deux navires américains dont l'un fut coulé.

Le 11 juin 1864, un navire de guerre sudiste, le CSS Alabama, entre dans le port de Cherbourg pour y effectuer des réparations.

Ce navire mixte de 66 mètres sur 9,60 mètres doté de deux machines à vapeur de 300 chevaux et gréé en trois mâts barque achève un périple de vingt-deux mois de navigation.

© Ville de Cherbourg-Octeville

Navire corsaire le plus puissant et le plus efficace de la marine sudiste, l'Alabama est équipé par le département de la marine en Angleterre, afin de permettre les abordages de navires marchands pour forcer le blocus commercial. Il comporte huit canons.

 

Raphael Semmes l'affrète le 24 août 1862. Sa machinerie lui procure dix nœuds de vitesse, et jusqu'à 13 noeuds en combinant machines et voiles.

 

En moins de deux ans, l'Alabama commandé par Raphael Semmes s'est affirmé comme un redoutable "raider".

 

Considéré comme le meilleur manoeuvrier de son époque, le capitaine Semmes a pour objectif d'anéantir le commerce des bateaux fédérés. Avec l'Alabama, il fait preuve d'une exceptionnelle efficacité. Il réalise soixante-cinq prises en 22 mois parcourant 75 000 miles dans les Açores, le golfe du Mexique, au large du Brésil ou à Singapour.

La guerre au commerce

Face à une telle hécatombe, les compagnies d'assurance réclament aux armateurs nordistes des primes d'assurance très importantes qui contraignent parfois les navires à rester à quai ou à arborer un pavillon neutre. La guerre au commerce que mène Alabama porte ses fruits.


Mais, après tant de combats, le navire est très endommagé. "Il était comme un chien de chasse fatigué qui se traîne vers le chenil après une longue course, les pattes douloureuses, cherchant le calme et le repos," écrivait Semmes.


A Cherbourg, l'Alabama attend l'autorisation de réparer. Il a demandé de pouvoir descendre ses prisonniers et de mettre le navire en cale sèche. La France se doit en effet de rester neutre dans le conflit américain. La seule issue pour le capitaine sudiste est d'obtenir l'accord de l'empereur Napoléon III qui est alors en villégiature.

Au troisième jour d'attente, le 14 juin, un croiseur nordiste, le Kearsarge commandé par le capitaine John Winslow, en provenance des côtes hollandaises, fait son entrée dans la rade de Cherbourg, puis croise au large.

 

© DR
Maquette de l'Alabama

Un duel annoncé

Le capitaine Semmes fait savoir au commandant du Kearsarge qu'il livrera bataille dès qu'il aura chargé le charbon nécessaire. Les préparatifs vont durer jusqu'au soir du samedi 18 juin.


Le dimanche matin à 9 heures 45, l'Alabama quitte le port escorté par un navire français, la frégate cuirassée La Couronne, qui va le conduire hors des eaux territoriales françaises. Les badauds, les spectateurs, les journalistes s'attroupent pour assister au duel annoncé. Certains sont venus de Paris.

 

Quelques uns ont loué des petites barques de pêcheurs pour assister au combat.

 

Les deux navires américains vont combattre pendant 90 minutes. Ils échangent des bordées de canon. Les poudres de l'Alabama usées par 22 mois de mer ne sont plus fiables. Plusieurs de ses obus n'explosent pas. De plus, le commandant Semmes ignore que le Kearsarge dissimule sous sa coque une cuirasse de chaînes entrecroisées.

 

Le navire nordiste est plus véloce que son adversaire. Réparé durant deux mois de cale sèche, ses canons sont plus puissants et sa cuirasse supérieure à celle de l’Alabama. En outre, l’Alabama est composé en partie de mercenaires mal entraînés.

 

Au fil du combat, l'Alabama se trouve en difficulté. Il doit baisser pavillon et sortir la drapeau blanc. Et, il coule.

 

Vingt-six de ses marins sont morts durant la bataille. Un yacht anglais, le Deerhound, récupère une partie de l'équipage et la plupart des officiers dont le commandant Semmes et son second, Kell, puis les conduit à Southampton.

 

Retourné en Amérique, Raphael Semmes est nommé vice-amiral et continue les combats navals pour les Sudistes. A la fin de la guerre, il sera emprisonné pour acte de piraterie puis, libéré en 1866.

 

Coulée par soixante mètres de fond, au large de Querqueville, l'épave de l'Alabama a été repérée en 1984 par le chasseur de mines "Circé".

 

Depuis 1988, des campagnes de fouilles annuelles y sont entreprises sous l'égide du capitaine de vaisseau Max Guérout.

© Ville de Cherbourg-Octeville
Le canon du CSS Alabama est exposé dans la nef d'acceuil de la Cité de la Mer.
La Communauté Urbaine de Cherbourg, la ville de Cherbourg-Octeville et son port sont, depuis le 23 septembre 2004, reconnus officiellement site de la guerre de sécession (1861-1865).

Le canon du CSS Alabama

> dans la Nef d'accueil de la Cité de la Mer
Voir aussi

 

> Le cimetière de Cherbourg

 

Edouard Manet (1832-1883) a consacré deux tableaux à ce duel maritime :

 

"Le combat du Kearsarge et de l'Alabama, une huile sur toile (134 x 127 cm), est exposée à Philadelphie.

 

Le peintre est allé, quelques jours après le combat, à Boulogne pour dédier un tableau au Kearsage. Ce tableau est aujourd'hui exposé à Chicago.

 

Coulé sans avoir été capturé, l'Alabama, pourtant situé dans les eaux territoriales françaises, reste la propriété des Etats-Unis.

 

Les Tuniques Bleues

L'Alabama en Bande dessinée


 

Le combat en l'Alabama et le Kearsarge a inspiré, en 1995, l'album "Duel dans la manche" des Tuniques Bleues
Dessin : Lambil
Scénario : Raoul Cauvin

 

> Les Tuniques Bleues

 
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